« Croissance folle et débridée des besoins de transports »

Transport

Taxe kilométrique, pénurie de chauffeurs, dumping social, augmentation du volume du trafic routier et autoroutier européen, et des temps de parcours: tels sont les principaux enjeux du secteur Transport & Logistique à l’heure actuelle. Globalement, le secteur se porte néanmoins très bien, tant en termes d’activité que d’emploi. Pour nous en parler, nous avons interviewé Michaël Reul, Secrétaire général de l’UPTR (l’Union Professionnelle du Transport et de la Logistique).


Bonjour M. Reul, pouvez-vous nous expliquer le rôle de l’UPTR ?
«L’UPTR est une union professionnelle (forme juridique créée par la loi de 1898) qui a pour mission première de représenter et d’informer les transporteurs et logisticiens belges. En tant que fédération professionnelle nationale, nous défendons sans relâche les intérêts des acteurs économiques du secteur Transport & Logistique. Dans tous les dossiers (économiques, fiscaux, sociaux, environnementaux, …) et quels que soient nos interlocuteurs (syndicats, administration, fédérations, cabinets ministériels, médias …), nous menons jour après jour notre action de lobbying avec le même mot d’ordre : respectez nos entrepreneurs. Nous nous adressons avant tout à des PME, et les défendons avec force, opiniâtreté et sans langue de bois.» 


Comment se porte globalement le secteur? Et en termes d’emploi ? 
«Nous faisons face à une croissance folle et débridée des besoins de transports, due notamment à la croissance continue des échanges commerciaux, ainsi qu’au développement de l’e-commerce. Au niveau de l’emploi, notre secteur paraît stable mais ne l’est que partiellement. En effet, si le secteur compte au global un nombre assez stable d’approximativement 60 000 ouvriers (NDLA: COP 140.03 Transport & Logistique, Personnel roulant et non-roulant, de garage), c’est parce que la diminution annuelle régulière des chauffeurs est compensée par l’augmentation des magasiniers. Il y a également un net vieillissement des chauffeurs. En 2010, 45% des chauffeurs avaient plus de 45 ans et ce nombre augmente en pourcentage. À l’inverse, le nombre de jeunes chauffeurs (- de 30 ans) diminue significativement . Ils représentaient 25% du total en 1994, contre 15% en 2010. Les principaux facteurs qui sont en cause: la disparition du service militaire qui engendrait de nombreux permis C, l’image peu valorisée du secteur (accidents très relayés, cause des perturbations routières, etc.) et enfin l’évolution des attentes des jeunes générations, très sensibles à leur qualité de vie en termes d’horaires. Il ressort de ces différents éléments qu’un jeune doté du permis C ou CE va très facilement trouver du travail, maintenant et encore d’avantage à l’avenir.Étant donné le peu de jeunes qui s’engagent à l’heure actuelle dans cette voie, la pénurie ne va faire que s’accentuer. Au vu de la croissance du secteur, il y a toutes les raisons d’être optimiste quant au potentiel d’emploi. Par contre, ces fonctions nécessiteront toujours de la flexibilité. » 


Qu’en est-il de la problématique du dumping social ? 
«Nous sommes prudents quant au Plan d’action pour une concurrence loyale dans le secteur du transport [présenté conjointement en février 2016 par les Ministres Van Overtveldt (Finances), Galant (Mobilité), Borsus (Classes moyennes, indépendants et PME) et le Secrétaire d’État M. Tommelein (Lutte contre la fraude fiscale)] car l’essentiel de l’enjeu lié à la problématique du contrôle et de la réglementation du droit du travail se situe au niveau européen. Le salaire minimum est en effet un grand enjeu, mais celui de la couverture sociale en est un autre au moins aussi grand. Les ressortissants sociaux dépendant du pays où est basé leur employeur, les États veulent, pour d’évidentes raisons de protectionnisme économique, garder leur souveraineté sur ces questions. La souveraineté nationale des États entre ici en jeu, d’où la complexité du dossier. Nous sommes néanmoins satisfaits du positionnement clair de la Belgique, qui a notamment défini le dumping social, auparavant un concept mou.» 


Voyez-vous une solution éventuelle?
«Nous pourrions créer un régime unique, commun et harmonisé à tous les chauffeurs européens, tant au niveau du salaire minimum que de la couverture sociale. Ce régime pourrait s’appliquer également aux pilotes d’avions, aux bateliers, à tous les métiers de transport impliquant une mobilité transnationale régulière. Cela simplifierait et réglerait beaucoup de choses. Mais cela me paraît malheureusement totalement utopique.»


Quelle est votre position sur la taxe kilométrique ?
«Elle n’a pas accentué notre déficit concurrentiel (puisque tout le monde la paye) mais l’a mis en lumière. Il est normal que le secteur contribue aux infrastructures. Le principe de la taxe, (au kilomètre) n’est pas illogique mais existe déjà via les accises. L’ITLB (Institut Transport routier et Logistique Belgique) a calculé une estimation moyenne qui indique que la taxe générera un surcoût moyen de 7,94 % pour tous les transports réalisés exclusivement sur le territoire belge avec un camion EURO VI d’une MMA de plus de 32 tonnes. C’est donc une taxe complémentaire, mais qui n’a nullement été compensée, même si des mesures dites "d’accompagnement" existent.» 

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