Des métiers au cœur d’un défi sociétal majeur

e---------> TENDANCES SOCIÉTALES  -  MÉTIERS DE LA PRISE EN CHARGE DES PERSONNES ÂGÉES

 

Le vieillissement de la population est une tendance qui ne semble pas prête à s’inverser. En effet, l’augmentation constante et considérable de l’espérance de vie, combinée à la diminution du taux de natalité, place la Belgique dans une phase de transition démographique, à l’instar de la plupart des pays développés. Parmi les nombreux enjeux et défis que celle-ci suppose, la gestion d’une population âgée en forte croissance, nécessitera à n’en pas douter une approche politique globale, transversale et intégrée. JobsRégions, au travers du témoignage d’un acteur de terrain de votre région, s’intéresse aux métiers de la prise en charge des personnes âgées, qui vont à l’avenir inéluctablement se développer, parallèlement aux besoins croissants en termes de capacité d’accueil de ces personnes en perte d’autonomie. 


13 millions en 2060
Le Bureau fédéral du Plan, en collaboration étroite avec la Direction générale Statistique et Information économique (DGSIE), a mis à jour ses perspectives démographiques à l’horizon 2060 pour la Belgique. Ces prévisions font état d’une croissance de la population belge de 11,2 millions en 2015 à 12,0 millions en 2030 et à 13,0 millions en 2060, soit une augmentation de 16,2 % sur la période 2015-2060 (NDLA: Sources: Bureau du Plan – SPF Économie : Perspectives de population 2015-2060). Nous avons interrogé M. Vincent Frédéricq, Secrétaire Général de FEMARBEL (Fédération des Maisons de Repos de Belgique) qui nous a proposé un état des lieux actuel du secteur: 


22 000 ETP en Wallonie
« Il y a, selon les dernières données statistiques fournies par l’INAMI et la RW (Région Wallonne) qui couvrent des périodes de 3 ans, un peu plus de 22 000 équivalents temps plein de personnel soignant dans les maisons de repos en Wallonie. Sachant que parmi ceux-ci, on dénombre à peu près 60% de temps partiels, cela fait évidemment beaucoup plus de personnes réelles qui travaillent pour le secteur. Ceux-ci s’occupent d’un peu plus de 45 000 résidents (qui se mesurent statistiquement en capacité de lits). Comparativement aux dernières périodes, on peut noter une augmentation substantielle du nombre de personnes les plus dépendantes (NDLA: Ce degré de dépendance se mesure grâce à l’échelle de Katz, qui date de 1970 et est l'une des plus anciennes mesures de la dépendance. Elle décrit les activités de la vie quotidienne. Les personnes y sont classées en 5 catégories). 


97% de taux d’occupation
Les 550 maisons de repos wallonnes sont pleines: le taux d’occupation y est à l’heure actuelle de 97%. En pratique, cela veut dire que les «candidats» doivent attendre. Il y a un consensus assez large actuellement pour dire qu’il faudra entre 3000 et 6000 lits supplémentaires d’ici à 2025. les besoins vont inéluctablement augmenter, et ce, dans un contexte de difficultés budgétaires constantes. Le financement moyen actuel des maisons de repos en Wallonie, appelé forfait moyen, est de 46,23 euros par jour et par résident en termes de soins. Celui-ci ne permet pas de couvrir les besoins effectifs des résidents.» D’après lui, une réforme en profondeur sera donc nécessaire. «Il faut trouver une meilleure efficience, car le budget a déjà considérablement augmenté ces 20 dernières années. La tendance politique décrite dans la DPR 2014-19 (Déclaration de Politique Régionale), va dans le sens d’un maintien de la personne à domicile le plus longtemps possible, probablement pour des raisons économiques. Celle-ci tend donc à favoriser les soins à domicile, ce qui n’altère pas la nécessité d’augmenter la capacité d’accueil, et les emplois qui vont avec. Il y a donc ici une opportunité de créer un important volume d’emplois, non-délocalisables, et ainsi de faire se rencontrer deux importants problèmes sociétaux.» Depuis la 6e réforme de l’État, et la régionalisation de cette compétence, cette problématique appartient désormais à l’AViQ (Agence pour une vie de qualité). 


Valoriser ces métiers
Anita Gancwajch, Présidente de l’ADMR (L'Association des Directeurs de Maison de Repos) conclut: «Les défis auxquels nous allons être confrontés impliqueront d’être créatifs dans les solutions à adopter. Il faut fusionner les maisons de repos et les soins à domicile, pour veiller à ce que «la personne soit au bon endroit au bon moment». Il faut intégrer les différents services, pour maximiser leur efficience, garantir le meilleur cadre et la qualité des services et prestations à destination du patient. Le secteur est un très gros pourvoyeur d’emplois, non-délocalisables et de tous niveaux de qualifications. Les aspects humains, relationnels et multiculturels y sont mis en valeur. Il faut donc valoriser ces métiers auprès du grand public, en ne se focalisant pas uniquement sur leur caractère contraignant ou difficile, qui sont néanmoins réels, mais aussi sur leur utilité et leur côté épanouissant et gratifiant.» 


Le traitement sociétal réservé aux personnes du 3e et 4e âge pourrait sans doute être considéré comme un indicateur potentiel de son niveau de développement humain. Quelles seront dès lors notre capacité et notre volonté à faire face à ce défi majeur à court et moyen termes ?
 

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